Ecran de la terreur

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L’HORRIBLE CAS DU DR X -LE FILM-

 

 

Faisons une comparaison : Roger Corman et Terence Fisher, ont été deux prodigieux metteurs en scène dans le domaine du fantastique! Le premier à oeuvrer dans l’univers d’E.A.Poe tandis que le second a ressusciter les vieilles créatures poussiéreuses des studios Universal! Pourtant ils ont un point commun chacun : ils ont voulu se plonger dans l’univers de la science fiction entraînant avec eux, une casserole de navets. Le plus prolifique fut Roger Corman  qui a mis en scène des films ratés nantis de scénarios loufoques, frisant à la limite le ridicule et de plus affublés d’effets spéciaux médiocres! Roger Corman s’est introduit dans plusieurs chapitres tels les êtres belliqueux venus sur terre : “It conquered the world” (1956), “Not of this earth” (1956), “Teenage Caveman” (1957), l’après apocalypse nucléaire : “The day the world ended”, “Teenage caveman” (1958), “Last woman on earth” (1960), le space opéra avec “War of the sattelites” (1958). Terence Fisher lui fut beaucoup sage et ne réalisa qu’un sublime navet : “La nuit de la grande chaleur” en 1967 avec la présence des extra terrestres. Seul, son “Ile de la terreur” en 1966, film de science fiction qui nous démontrera les effets nocifs du silicium…

Pour en revenir au sujet du jour, Roger Corman va mettre en scène en 1963 un sublime film de science fiction : “L’horrible cas du Docteur X” dont le scénario assez surprenant est écrit par Robert Dillon (23 Octobre 1937) un scénariste de télévision  qui en 1963 écrivit le script de “13 frightened girls” et “The old dark House” de William Castle. Il co-écrira le scénario de “Bikini beach” de William Asher en 1964. Le deuxième protagoniste est Ray Russel écrivain spécialisé dans le fantastique  : “Mr Sardonicus” (1961) de William Castle, “La chambre des tortures” et “L’enterré vivant” de Roger Corman en 1962 et 1963, “La chambre des horreurs” d’Hy Haverback en 1966, “Incubus” de John Hough en 1982. Les deux hommes parviennent à écrire une effrayante histoire où est remis sur la sellette le thème de métamorphoses humaines. Corman va délaisser pour un court instant ses cimetières noyées sous la brume, ses végétations vénéneuses et ses personnages névrosés pour se poser dans un contexte moderne et nous faire rencontrer l’illustre Docteur James Xavier. Curieux personnage que ce praticien de renom qui a inventé une substance capable d’étendre le champ normal de la vision à celui des rayons “X”. Mais dame morale étant aux aguets, les effets secondaires de ce produit va causer des effets néfastes sur son cerveau. Car bien entendu, le Docteur Xavier va expérimenter ce produit sur lui même! 

Nous sommes en 1963 et Roger Corman est en plein gothique depuis “La chute de la maison Usher” en 1960. Tour à tour il vient de mettre en scène “La chambre des tortures”, (1961), “L’enterré vivant” en 1962 et cette année là, il réalise : “Le corbeau” et “La malédiction d’Arkham”. Donc ce tout nouveau film de science fiction arrive à une époque où ses aficionados se gorgent de l’univers destructeur d’E.A.Poe. Néanmoins son “Horrible cas du Dr X”  ne passera pas inaperçu et sera accueilli d’une manière favorable tant par son sujet et par l’emploi de l’acteur Ray Milland. N’oublions pas que ce dernier avait été magnifique dans “L’enterré vivant” et que lui même avait  réalisé cette même année un film très intéressant sur l’apocalypse nucléaire : “Panic année zéro”. 

Ray Milland tire son épingle su jeu en interprétant ce docteur Xavier qui à pas de loup, va pénétrer dans le vaste univers de la science en folie. Au tout début, les effets de l’élément “X” lui feront percevoir les premières sensations : une vision fragmentée suivie d’une lumière intense qui va l’aveugler. Puis une vision revenue à la normale! Et maintenant voici qu’il peut lire à travers des feuilles d’un dossier médical, sur la blouse de son ami, il voit son stylo, un bouton manque au dessous de sa cravate! Mais cette vision va s’avérer encore plus performante puisqu’il va  l’anatomie du corps humain et reconsidérer les diagnostics! Ce qui va nous donner une excellente séquence où Xavier est en contradiction avec le Docteur Benson qui doit opérer une jeune fille. Il a diagnostiqué une sténose alors que Xavier a vu une tumeur logée au sein de l’oreillette! Mais ce don providentiel est refoulé par un chirurgien (interprété par John Hoyt figure légendaire des séries télévisées) obstiné qui se verra refoulé par le docteur Xavier lors de l’intervention chirurgicale. Ce dernier aura sauvé une gamine vouée à une mort certaine, mais aura enfreint les règles déontologiques! Accusé d’avoir tué son ami (accidentellement) le Docteur Brant, Xavier poursuivi par la police trouve asile dans une fête foraine où il fait office de voyant sous un nom d’emprunt de Mr Mentallo tout en continuant à s’injecter son collyre! Mais son bonimenteur, Crane qui a décelé en lui le moyen de gagner beaucoup d’argent, le pousse à devenir guérisseur!  La suite serait délectable mais je vous laisse le soin de visionner une oeuvre assez cauchemardesque! 

Ray Milland est splendide et de mon avis personnel, je ne pense pas que Vincent Price (habitué des films de Corman) aurait pu faire mieux! Il faut le voir dans une séquence (la seule) assez amusante, lors d’une surprise partie d’internes, danser le twist aussi raide qu’un piquet tout en admirant les danseurs à poils… Ray Milland joue à fond la carte du démiurge (tout comme le savant Griffin ou le docteur Jekyll) dont les paliers qu’il traverse vont le conduire à une descente aux enfers!  Chirurgien, forain, guérisseur et flambeur dans un casino de Las Végas, il finira sous la tente d’une réunion religieuse menée par un prédicateur! A bout de force, les yeux qui ne seront plus que deux globes noirs, ayant perdu toute raison, Xavier va se frayer un passage à travers les disciples. Devant l’ordonnateur de cette assemblée qui lui demandera s’il est un pêcheur, s’il veut être sauvé, il lui répondra (sublime oraison) : “Je veux que vous sachiez la vérité. Les ténèbres vous écrasent et au delà de l’éternité et plus loin que le néant, une clarté glauque scintille. Et tout au centre de l’univers un oeil vous regarde”… Le prédicateur : “Vous êtes l’oeil du Diable“! “Mais c’est le Seigneur qui indique la voie : St Mathieu, Chapitre 5 : “Si ton oeil a pêché, arrache le“… Une épitaphe de fin assez originale qui servira de morale au Docteur Xavier lui rappelant qu’il ne faut pas égaler “Dieu”.

Ray Milland est entouré de seconds couteaux savoureux comme Harold J.Stone dans le rôle du Docteur Brant. Acteur mythique qui a été l’invité dans une multitude de séries télévisées où il faisait fureur lorsqu’il interprétait un gangster ou un homme d’affaire peu recommandable. Au cinéma il a incarné le personnage de Frank Nitti dans “L’affaire Al Caponne en 1967. Dans le domaine du fantastique, il sera au générique du “Cerveau infernal” en 1957 d’Herman Hoffman. Don Rickles incarne Grue le bonimenteur affairiste et peu scrupuleux. Acteur de télévision reconnu, on le remarquera au cinéma dans le film de Brian G. Hutton : “De l’or pour les braves” en 1970 avec Clint Eatswood pour son rôle de sergent Crapgame dit l’escroc. Je l’ai cité au dessus et on ne peut l’oublier : John Hoyt dans le rôle du chirurgien Benson. Lui aussi, il possède une carrière impressionnante dans le domaine du petit écran. Au cinéma, il est aux côtés de Gleen Ford dans “Blackboard Jungle” en 1955 de Richard Brooks. On retrouve aussi “les éternels amis” de Roger Corman : Barboura Morris en infirmière, Dick Miller et Jonathan Haze en jeunes paumés, Morris Ankrum en homme d’affaire et John Dierkes en prédicateur. Que dire de l’infortunée Diane Van der Vlis au visage diaphane et au jeu de rôle totalement plat, sans aucune valeur…On est loin des présences sulfureuses de Debra Paget, Mirna Fahey ou Hazel Court….Corman aurait pu choisir beaucoup mieux. Si le film est intéressant par l’originalité de son script et du jeu superbe de Ray Milland, les effets spéciaux signés par John Howard laissent un peu à désirer avec cette option “Spectarama” qui ne veut rien dire et ne suggèrent que quelques images déformées pourvues de scintillements orange et jaune à travers une caméra subjective!

Film d’avant garde, “L’horrible cas du Dr X” restera néanmoins un régal à nos yeux (si j’ose m’exprimer), un film bien construit et qui sort des sentiers battus de son auteur.

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